L’iPhone

L’histoire de l’iPhone commence, comme souvent, par une rumeur. SĂ»rement l’une des plus longues de l’histoire d’Apple, puisque pendant de longues annĂ©es, les observateurs de toutes sortes ont fait perdurer une information, jamais confirmĂ©e, selon laquelle Apple prĂ©parait un tĂ©lĂ©phone portable rĂ©volutionnaire. On sait cependant que la marque a, en permanence, de nombreux projets dans ses cartons, et qu’une partie d’entre eux seulement apparaĂ®t un jour sur le marchĂ©. Maintenant que le mythe est devenu rĂ©alitĂ©, il est temps de faire un retour sur la genèse de l’iPhone…

Dès la fin des annĂ©es 90, le marchĂ© de la tĂ©lĂ©phonie mobile explose : en quelques annĂ©es, le tĂ©lĂ©phone portable passe d’un marchĂ© de niche pour personnes fortunĂ©es, Ă  un marchĂ© de masse des plus lucratifs. Plusieurs fabricants se partagent la plus grosse part des ventes, avec des produits standardisĂ©s autour de normes internationales. Très vite, certains se prennent Ă  imaginer qu’Apple profite de son savoir-faire en termes de design, d’interface graphique, et d’intĂ©gration avec l’ordinateur, pour entrer dans la danse. En parallèle, les regrets d’avoir vu le Newton disparaĂ®tre au profit d’autres PDA (notamment Ă©quipĂ©s d’une version adaptĂ©e de Windows), et l’Ă©mergence du marchĂ© des Tablet-PC, dont Apple est absent, rendent vraisemblable la volontĂ© d’Apple de contre-attaquer en mariant le meilleur des diffĂ©rentes technologies. Il faut dire que la marque maĂ®trise un grand nombre de domaines : communication Bluetooth, reconnaissance d’Ă©criture InkWell, synchronisation iSync…

Le terme « iPhone » n’est Ă©videmment pas dĂ» au hasard. Depuis le 15 dĂ©cembre 1999 en effet, Apple Ă©tait propriĂ©taire du nom de domaine « iPhone.org », parmi des centaines d’autres sites aux noms plus ou moins Ă©vocateurs mais non utilisĂ©s. De plus, avec l’apparition de l’iMac, de l’iBook, ou encore de l’iPod entre 1998 et 2001, il paraissait Ă©vident que si Apple devait sortir un tĂ©lĂ©phone, elle le nommerait ainsi.

C’est en 2002 que les affaires sĂ©rieuses commencent. Le New-York Times ouvre le bal en aoĂ»t, en revenant sur des propos de Steve Jobs, Ă©cartant dĂ©finitivement l’idĂ©e de reprendre le dĂ©veloppement d’un PDA, mais discutant de l’avenir du marchĂ© de la tĂ©lĂ©phonie mobile. Dès septembre, le magazine Science et Avenir se prend au jeu en diffusant une image bien connue sur Internet, mariage d’un tĂ©lĂ©phone aux formes arrondies et aux matières translucides, et d’un PDA miniature…

Au cours du mois de dĂ©cembre, on apprend qu’Apple a dĂ©posĂ© dans plusieurs pays les marques « iPhone », associĂ©es Ă  diffĂ©rents brevets logiciels. Peu après, c’est QuickTime qui s’ouvre Ă  la vidĂ©o mobile avec le module 3GPP. Il devient alors difficile de faire croire que la marque n’a pas quelques projets dans le domaine de la tĂ©lĂ©phonie, mĂŞme si les applications peuvent ĂŞtre nombreuses : tĂ©lĂ©phonie mobile, système embarquĂ©, iPod communicant, visiophonie, messagerie instantanĂ©e… A partir de cet instant, les fausses photos volĂ©es et les vraies vues d’artistes vont se succĂ©der Ă  un rythme effrennĂ© : le plus souvent, de simples maquillages de tĂ©lĂ©phones du commerce, parfois affublĂ©s d’une molette comme celle de l’iPod. Dès 2003, chaque Keynote de Steve Jobs est l’occasion de prĂ©dire l’arrivĂ©e probable d’un iPhone, bien qu’aucune information officielle ne filtre…

Au cours de l’annĂ©e 2004, une information circule : Apple travaillerait sur une version embarquĂ©e d’iTunes, permettant d’acheter et de lire de la musique sur un tĂ©lĂ©phone portable. Le journal Le Figaro prĂ©cise dès le dĂ©but du mois de juin que c’est Motorola qui doit concevoir le fameux tĂ©lĂ©phone. Si celui-ci tarde Ă  venir, la version Mac d’iTunes 4.9 rĂ©vèle cependant, peu après, quelques secrets : on y parle effectivement d’un tĂ©lĂ©phone portable fabriquĂ© par Motorola, de la possibilitĂ© d’y stocker de la musique, et on y trouve mĂŞme une petite icone le reprĂ©sentant ! A nouveau, c’est Le Figaro qui vend la mèche au cours du mois d’aoĂ»t : le tĂ©lĂ©phone compatible iTunes, et issu de la gamme Motorola, sera dĂ©nommĂ© RoKR. PrĂ©sentĂ© officiellement en septembre, cet appareil déçoit les utilisateurs : aucune innovation particulière, un dĂ©bit de tĂ©lĂ©chargement relativement lent, une utilisation indigne des interfaces Apple… En bref, ce n’est qu’un tĂ©lĂ©phone comme un autre, tout juste capable d’acheter de la musique sur iTunes.

Alors forcĂ©ment, on n’allait pas en rester lĂ  ! Voir le RoKR nominĂ© parmi les « pires produits de 2005 » donne des idĂ©es Ă  beaucoup : cette fois, Apple va sortir son propre tĂ©lĂ©phone portable, qui sera aussi rĂ©volutionnaire qu’un iPod, qu’un iMac, qu’un Mac ! D’ailleurs, pour s’assurer un dĂ©collage rapide des ventes, Apple se serait associĂ© avec le gĂ©ant japonais SoftBank. Enfin, c’est ce que disent les rumeurs en mai 2005. Rumeurs immĂ©diatement dĂ©menties. Qu’importe ! Si ce n’est SoftBank, ce sera Research in Motion, le fabricant du BlackBerry, le plus cĂ©lèbre des smartphones. Et ce n’est pas Peter Oppenheimer, directeur financier d’Apple, qui va dĂ©courager les fans en expliquant que l’iPod est bien meilleur que le nouveau tĂ©lĂ©phone Sony Walkman, et qu’il va encore Ă©voluer !

En septembre 2006, ce sont les analystes financiers qui s’y mettent. Certains commencent Ă  recommander chaudement l’achat d’actions Apple, entrevoyant un prochain iPhone au bout de leurs longues-vues. Certains pensent dĂ©jĂ  prĂ©dire ses chiffres de vente : 8 Ă  12 millions pour 2007, promis ! Et c’est Ă  nouveau iTunes, version 7, qui vend la mèche : ses ressources regorgent de messages prĂ©vus pour s’afficher lors de la synchronisation avec un tĂ©lĂ©phone portable : films, musique, Ă©missions, et mĂŞme des jeux, rien ne manque Ă  l’appel ! Et comme si ça ne suffisait pas, on dĂ©couvre le mois suivant un brevet d’Apple, qui permet Ă  un mĂŞme appareil de prendre une photo et de la localiser automatiquement sur le logiciel Google Maps, par GPS.

Au mois d’octobre 2006, tout s’accĂ©lère : une petite annonce sur le site Apple nous apprend que la marque est Ă  la recherche d’un « Mobile Marketing Manager », autrement dit, un responsable de la commercialisation de tĂ©lĂ©phone portable ! Au mois de novembre, il se murmure que c’est Foxconn, l’actuel fabricant de l’iPod, qui serait chargĂ© de la construction du fameux tĂ©lĂ©phone. A l’intĂ©rieur, on y retrouverait les puces PortalPlayer communes avec l’iPod. Quant Ă  l’opĂ©rateur, ce devrait ĂŞtre Cingular, au moins aux Etats-Unis. Faire construire un tĂ©lĂ©phone par un constructeur qui n’y connaĂ®t rien et concurrencer des opĂ©rateurs qui vendent leurs musiques bien plus cher qu’iTunes, les dĂ©fis Ă  relever sont de taille pour Apple !

A l’approche du Keynote inaugural de la MacWorld Expo, prĂ©vue le 9 janvier 2007, les esprits s’Ă©chauffent… Sur Internet et dans les milieux bien informĂ©s, on prend les paris : iTV, iPhone, iPod grand Ă©cran, Leopard, que va prĂ©senter Steve Jobs ? Et Ă  quel prix ? Les plus timorĂ©s pensent que, tous comptes faits, Apple attendra encore quelques mois.

Coup de théâtre quelques jours avant la confĂ©rence de Steve Jobs : le 18 dĂ©cembre, la sociĂ©tĂ© Linksys prĂ©sente une nouvelle famille de produits, dĂ©nommĂ©s iPhone. Il s’agit d’un tĂ©lĂ©phone sans fil dĂ©diĂ© Ă  la voix sur IP, et compatible avec Skype et Yahoo Messenger. La maison-mère, Cisco, est en effet propriĂ©taire du terme « iPhone » depuis qu’elle a rachetĂ© Infogear, une start-up californienne qui l’avait dĂ©posĂ© en 1996.

Le 9 janvier 2007 arrive enfin. Après quelques minutes, Steve Jobs annonce un nouvel iPod Ă  Ă©cran large tactile, un tĂ©lĂ©phone rĂ©volutionnaire et un navigateur internet sans Ă©gal. Et ce ne sont pas trois produits, mais un seul ! Prototype en main, le patron d’Apple se lance dans une dĂ©monstration de cet outil. Pas de clavier, mais un large Ă©cran entièrement tactile, dotĂ© d’une capacitĂ© de suivre plusieurs doigts Ă  la fois : le « multi-touch » est nĂ©. On apprendra plus tard que cette dĂ©monstration a Ă©tĂ© minutieusement prĂ©parĂ©e : l’appareil est encore très instable, et toutes les sĂ©quences ont Ă©tĂ© effectuĂ©es dans un ordre dĂ©terminĂ© pour contourner les bugs ! De plus, Cingular a installĂ© une antenne-relai spĂ©cialement dans la salle pour garantir la disponibilitĂ© du rĂ©seau durant la dĂ©monstration, et l’indicateur de puissance du signal a Ă©tĂ© bloquĂ© sur la position maximale.

Au dos de l’appareil, on trouve un appareil photo numĂ©rique de deux mĂ©gapixels. Sur le dessus, une prise jack standard pour brancher ses Ă©couteurs. Sur le cĂ´tĂ©, un compartiment pour loger la carte SIM. A l’intĂ©rieur, un disque dur flash de 4 ou 8 Go. Wi-fi, Bluetooth, rĂ©seau quadribande (la 3G n’est pas annoncĂ©e). CĂ´tĂ© logiciel, tout y est : images, vidĂ©os, mails, web, chat, iTunes… et mĂŞme Google Maps ! Plus qu’un tĂ©lĂ©phone, c’est un Mac de poche, qui dĂ©trĂ´ne tous les soi-disant « smartphones » de la planète ! A 499 ou 599 dollars selon la capacitĂ© du disque, l’appareil n’est pas donnĂ©, mais il fait rĂŞver. Concernant les dates de sortie, on annonce le mois de juin pour les Etats-Unis, une peu plus tard pour l’Europe, et 2008 pour l’Asie : il va falloir ĂŞtre patient !

Plus impressionnant encore : le tĂ©lĂ©phone embarquerait une version spĂ©cifique de Mac OS X, que le fabricant nomme « OS X ». GĂ©rant le multi-tâche, l’Ă©conomie d’Ă©nergie, l’affichage avancĂ© (transparences, animations), celui-ci n’aurait rien Ă  envier Ă  son grand frère. Il occuperait 500 Mo sur le disque. En revanche, pas question de dĂ©velopper ses propres logiciels ou d’en rechercher sur internet : l’iPhone serait une plate-forme fermĂ©e, tout comme l’iPod, et seul Apple pourrait proposer de nouveaux logiciels. Quant Ă  savoir ce qu’il y a dedans : mystère ! Intel dĂ©ment les informations selon lesquels il Ă©quiperait l’iPhone.

S’il paraĂ®t Ă©vident, dans un premier temps, que Cisco et Apple ont dĂ» trouver un terrain d’entente au sujet du nom iPhone, les choses ne semblent pas aussi simples. En effet, quelques jours après l’annonce, Cisco poursuit Apple pour violation de sa marque dĂ©posĂ©e. On apprend alors que les deux entreprises Ă©taient en pourparlers depuis cinq ans, et que ceux-ci se sont poursuivis jusqu’Ă  la veille du keynote, sans succès, Apple refusant de se plier aux exigences de Cisco qui souhaitait une interopĂ©rabilitĂ© entre les produits. Pourtant, alors que l’issue du procès semble devoir se faire au dĂ©triment d’Apple, un avocat plus tenace que les autres cherche Ă  prouver que Cisco a perdu sa propriĂ©tĂ© sur le nom iPhone, faute d’avoir renouvelĂ© Ă  temps les formalitĂ©s administratives. La commercialisation de l’iPhone Cisco serait intervenue un an trop tard, le dĂ©lai de six ans ayant expirĂ© fin 2005… C’est finalement le 21 fĂ©vrier que les deux marques annoncent avoir trouvĂ© un accord, leur permettant d’utiliser le terme iPhone conjointement.

Quelques jours avant sa sortie sur le marchĂ© amĂ©ricain, Apple annonce que l’iPhone sera compatible avec les « applications » Web 2.0. Par ce biais, la marque propose donc aux dĂ©veloppeurs de crĂ©er leurs propres programmes, qui se lanceront au moyen de Safari, tout en permettant de personnaliser leur interface. Apple rĂ©ussit donc Ă  concilier la sĂ©curitĂ© et l’ouverture. Dans le mĂŞme temps, on apprend que la gestion de l’Ă©nergie a Ă©tĂ© amĂ©liorĂ©e depuis les premières prĂ©sentations Ă  la presse : on obtient maintenant 8 heures de conversation, jusqu’Ă  24 heures de musique, et mĂŞme jusqu’Ă  10 jours de veille. On dĂ©couvre Ă©galement que Google et Apple ont dĂ©cidĂ© de rendre compatible le service de vidĂ©o YouTube avec le tĂ©lĂ©phone d’Apple, et que l’activation du tĂ©lĂ©phone se fera tout simplement par iTunes.

Enfin, le 29 juin 2007 Ă  dix-huit heures (heure locale pour tous les magasins amĂ©ricains), l’objet tant attendu est mis en vente. Depuis plusieurs jours, les plus impatients avaient commencĂ© les files d’attente devant les Apple Store et les boutiques AT&T. Difficile dans un premier temps de connaĂ®tre les chiffres des ventes : 250.000, 500.000, un million ? Les boutiques se sont vite retrouvĂ©es Ă  court de stock, mĂŞme si l’approvisionnement a bien suivi. Seul bĂ©mol : en attendant les chiffres officiels, AT&T avoue n’avoir procĂ©dĂ© qu’Ă  150.000 activations de lignes durant le premier week-end. MĂ©vente toute relative, puisque mĂŞme dans ces conditions, l’iPhone ferait mieux que l’iPod en son temps (150.000 ventes en deux mois), et aurait emportĂ© en quelques heures près de 1% du marchĂ© des « smartphones »…

Toujours est-il que l’iPhone reste en haut de l’affiche. Et comme tout nouvel appareil, il attire les curieux, avides de le mettre Ă  l’Ă©preuve. Une première faille est ainsi dĂ©couverte en quelques jours : elle permettrait de rĂ©cupĂ©rer des informations Ă  partir d’un rĂ©seau wifi, et mĂŞme de faire composer des numĂ©ros Ă  l’iPhone !

Un premier million d’iPhone est Ă©coulĂ© avant le 10 septembre. Parmi les clients, nombreux sont ceux qui ont tentĂ© d’en explorer les entrailles pour le faire fonctionner avec d’autres opĂ©rateurs qu’AT&T, ou lui ajouter des applications. Le premier Ă  y parvenir est un adolescent amĂ©ricain de17 ans, après cinq-cents heures de travail acharnĂ©. Quelques coups de fer Ă  souder, pas mal de lignes de code, et voici l’iPhone disposĂ© Ă  converser avec les cartes SIM des concurrents. D’autres bidouilleurs lui emboĂ®tent le pas dans les semaines qui suivent, crĂ©ant des procĂ©dures de plus en plus simples, puis des logiciels dĂ©bloquant automatiquement le tĂ©lĂ©phone.

RĂ©sultat immĂ©diat : un vĂ©ritable trafic s’organise. Aux Etats-Unis, oĂą le tĂ©lĂ©phone est vendu « nu » (c’est-Ă -dire sans abonnement immĂ©diat), certains ont l’idĂ©e d’acheter des iPhones en nombre, puis de les revendre dĂ©bloquĂ©s Ă  des acheteurs heureux de conserver leur forfait et leur opĂ©rateur. Au passage, les intermĂ©diaires empochent une marge consĂ©quente, puisque des iPhones se retrouvent vendus Ă  800, 900, voire 1000 dollars au marchĂ© « gris ». Pour Ă©viter l’hĂ©morragie, Apple dĂ©cide de limiter Ă  2 le nombre d’iPhone que chaque client est en droit d’emporter. Il faut dire que les rumeurs sur les tractations entre Apple et les opĂ©rateurs font Ă©tat de sommes faramineuses en jeu : la première toucherait des seconds jusqu’Ă  30% des factures de tĂ©lĂ©phonie ! C’est une vĂ©ritable rĂ©volution dans le monde de la tĂ©lĂ©phonie, oĂą l’on est plus habituĂ©s Ă  voir les fabricants de tĂ©lĂ©phones accorder de gĂ©nĂ©reuses rĂ©ductions aux opĂ©rateurs pour s’assurer d’Ă©couler leurs produits.

Dès le 5 septembre, Apple revoit Ă  la baisse le prix de son joujou : 399 dollars pour la version 8 Go, la version 4 Go disparaissant du catalogue. Pour se faire pardonner, la pomme offre Ă  ses premiers clients un bon de rĂ©duction de 100 dollars sur leurs prochains achats. Et pour tous ceux qui veulent un iPhone sans avoir besoin des fonctions de tĂ©lĂ©phonie, Apple dĂ©cide de prĂ©senter un nouvel iPod, dotĂ© des mĂŞmes caractĂ©ristiques techniques que l’iPhone : l’iPod Touch, Ă  299 dollars.

Partout en Europe, au fil des lancements officiels, on retrouve le mĂŞme scĂ©nario : magasins ouverts la nuit, files d’attente interminables, et journalistes en pagaille. En Grande Bretagne, oĂą l’opĂ©rateur O2 a raflĂ© l’exclusivitĂ©, puis en Allemagne avec T-mobile, et en France, oĂą la boutique Orange des Champs-ElysĂ©es accueillera 2000 personnes la nuit du lancement. Ce tĂ©lĂ©phone que certains surnomment dĂ©jĂ  le « Jesus Phone » est Ă©lu « Invention de l’annĂ©e » par le magazine Time.

Assez vite, cependant, les ventes d’iPhone apparaissent dĂ©cevantes en Europe. Ainsi, en France, seuls 70.000 appareils ont trouvĂ© preneur entre le 29 novembre et le 31 dĂ©cembre 2007. En Allemagne, il faudra six mois pour en Ă©couler 100.000. Le problème n’est pas insurmontable pour Apple, qui atteint le chiffre de 5 millions dans le mĂŞme temps. Le 5 fĂ©vrier 2008, un iPhone 16 Go vient complĂ©ter le catalogue, afin de satisfaire les audiophiles, les cinĂ©philes, et les photophiles (?).

En rĂ©alitĂ©, dès le lancement de l’iPhone, tout le monde n’avait qu’un mot en tĂŞte : « iPhone 3G ». Devant le tollĂ© suscitĂ© par l’absence de cette technologie dans son tĂ©lĂ©phone, il Ă©tait Ă©vident qu’Apple allait finir par l’intĂ©grer. Steve Jobs l’avait mĂŞme reconnu Ă  demi-mots alors que le lancement de l’iPhone « tout-court » battait son plein. Les rumeurs ne feront qu’augmenter durant le premier semestre 2008, et les jours prĂ©cĂ©dant la Keynote de la Worldwide Developper Conference du 9 juin 2008 verront Internet grouiller de photos, de spĂ©cificitĂ©s techniques et de confidences. Steve Jobs y mettra fin en dĂ©voilant le nouvel iPhone 3G : un dos en plastique noir ou blanc, une puce GPS, une prise audio enfin standardisĂ©e. 70 pays seront concernĂ©s par la commercialisation, Ă  partir du 11 juillet, Ă  un prix jusqu’Ă  trois fois infĂ©rieur Ă  celui de l’iPhone d’origine. En effet, Apple change Ă©galement de technique de commercialisation. PlutĂ´t que de ponctionner chaque mois l’opĂ©rateur sur le prix du forfait, Apple l’autorise Ă  subventionner le prix d’achat. Ainsi, l’acheteur paye un produit moins cher, l’opĂ©rateur versant la diffĂ©rence Ă  Apple en une seule fois.

Bien entendu, ce nouvel iPhone embarque la version 2.0 de sons système d’exploitation, qui permet notamment de tĂ©lĂ©charger des logicels d’autres dĂ©veloppeurs. En effet, depuis le mois de mars, Apple avait rendue publique une version « beta » de son kit de dĂ©veloppement permettant de crĂ©er de nouvelles applications pour les iPhones. De plus, le nouvel iPhone devient compatible avec le système Exchange de Microsoft, qui gère les e-mails, les calendriers, et les annuaires de contacts.

En un an, l’iPhone rencontre un succès dĂ©passant toutes les estimations : le kit de dĂ©veloppement a Ă©tĂ© tĂ©chargĂ© un million de fois, et l’App Store a accueilli pas moins de 50.000 applications, elles-mĂŞmes tĂ©lĂ©chargĂ©es un milliard de fois sur 40 millions d’iPhone et d’iPod Touch !

Il faut dire que cette annĂ©e a vu la multiplications des offres au grand public. En France, par exemple, l’exclusivitĂ© d’Orange sur la vente d’iPhone est tombĂ©e en dĂ©cembre 2008, et les trois opĂ©rateurs vendent maintenant le prĂ©cieux tĂ©lĂ©phone. Mieux, la concurrence les a conduit a dĂ©velopper leurs offres, en proposant notamment la tĂ©lĂ©vision par internet dès avril 2009.

Ce dĂ©veloppement n’a pas fait que des heureux. Non seulement la concurrence peine Ă  se maintenir Ă  flot (l’iPhone reprĂ©sente ainsi 50% du trafic internet des smartphones dĂ©but 2009), mais les dĂ©veloppeurs d’application pour iPhone se plaignent de retards de validation par Apple, ainsi que de refus parfois abusifs, fondĂ©s sur des critères plutĂ´t obscurs.

Le 9 juin 2009, devant les dĂ©veloppeurs rassemblĂ©s pour la WWDC, Apple prĂ©sente les nouveautĂ©s prĂ©vues pour iPhone OS 3.0, celui-lĂ  mĂŞme qui avait Ă©tĂ© prĂ©sentĂ© en avant-première le 17 mars prĂ©cĂ©dent. Cent nouvelles fonctionnaitĂ©s, dont certaines très attendues : le menu « Annuler », le copier-coller, le mode paysage gĂ©nĂ©ralisĂ©, les MMS, la recherche globale, le mode modem (surtaxĂ© par l’opĂ©rateur), le support de l’HTML 5 par Safari Mobile, un service de gĂ©olocalisation de l’iPhone Ă  distance, la location et l’achat de films sur iTunes, l’achat d’extensions dans les applications (par exemple pour ajouter des niveaux Ă  un jeu, ou des cartes Ă  une application GPS), le Peer2peer permettant de connecter deux iPhones… Parmi les nouveautĂ©s attendues, une vraie application GPS : Tomtom dĂ©barque sur iPhone. 

Par la mĂŞme occasion, Phil Schiller, remplaçant Steve Jobs, prĂ©sente le nouveau tĂ©lĂ©phone iPhone 3G S. Avec un « S » comme « Speed ». En effet, celui-ci est annoncĂ© comme deux fois plus rapide que l’actuel 3G. Dans une coque inchangĂ©e, les diffĂ©rents Ă©lĂ©ments sont amĂ©liorĂ©s : un processeur plus rapide (l’ARM Cortex-A8 Ă  600 Mhz remplace l’ARM11 Ă  400 Mhz), plus de mĂ©moire (256 Mo contre 128), une puce 3G de dernière gĂ©nĂ©ration (HSDPA Ă  7,2 Mbps), un appareil photo de 3,2 MĂ©gapixels compatible vidĂ©o (avec un logiciel de montage vidĂ©o intĂ©grĂ©), le contrĂ´le vocal, une boussole pour ne jamais ĂŞtre perdu en sortant du mĂ©tro, un accès amĂ©liorĂ© pour les handicapĂ©s, et une batterie plus costaud. Bref, de quoi laisser sereinement venir la concurrence. 

En effet, courant 2009, deux concurrents de taille arrivent sur le marchĂ© oĂą l’iPhone règne dĂ©jĂ  en maĂ®tre face aux Blackberry et aux rares mobiles Ă©quipĂ©s de Windows. Le premier Ă  se lancer est Google, qui lance son système Android, qui Ă©quipe dans un premier temps le G1, mobile HTC prĂ©sentĂ© en octobre 2008. Le système donne accès Ă  l’Android Market (l’Ă©quivalent de l’App Store), gère le multitouch (bien que cette fonction soit dĂ©sactivĂ©e par dĂ©faut), et, surprise, s’appuie sur le moteur WebKit d’Apple pour afficher des pages web.

Le deuxième Ă  se lancer est Palm, prĂ©curseur sur le marchĂ© des ordinateurs de poche, dĂ©passĂ© par la rĂ©volution des smartphones. Depuis l’arrivĂ©e Ă  sa tĂŞte de Jon Rubinstein, ancien responsable de la division iPod chez Apple, la marque a recentrĂ© ses activitĂ©s, Ă  la manière d’Apple lors du retour de Steve Jobs. En particulier, la marque a abandonnĂ© le projet Foleo, sorte de petit ordinateur portable Ă©quipĂ© d’un système prioritaire, pour se concentrer sur le lancement d’un concurrent Ă  l’iPhone. Le Palm PrĂ© se singularise par un clavier coulissant, Ă©vitant de s’embarrasser ainsi du clavier virtuel affichĂ© Ă  l’Ă©cran de l’iPhone. Plus abouti que l’Android de Google, le système WebOS de Palm convainc ses premiers utilisateurs, au mois de juin 2009. Contrairement Ă  l’iPhone, il offre le multitâche, permettant de conserver plusieurs applications ouvertes en mĂŞme temps. Son interface est agrĂ©able, bien que ses fonctionnalitĂ©s restent limitĂ©es, notamment parce qu’il oblige les dĂ©veloppeurs Ă  se contenter de l’HTML et du javascript, lĂ  oĂą Apple offre plus d’un millier d’interfaces de programmation.

DĂ©but 2010, Google s’implique plus avant dans la danse en annonçant son propre tĂ©lĂ©phone, le Nexus One, qu’il fabrique et vend lui-mĂŞme, Ă©quipĂ© bien Ă©videmment de son système Android. C’est, pour Google, l’occasion de montrer aux constructeurs tiers comment « bien fabriquer » un tĂ©lĂ©phone sous Android. 

Le succès ne sera pas au rendez-vous pour Palm, puisqu’il sera rachetĂ© par HP en avril 2010 sans que son système ne se soit imposĂ©. Le second abandonnera son modèle de tĂ©lĂ©phone dès juillet, mais s’inspirera du succès de Windows en se recentrant sur le système Android, embarquĂ© sur un nombre grandissant de tĂ©lĂ©phones (notamment au dĂ©triment de Windows Mobile et des Blackberry). EN nombre d’unitĂ©s vendues, Android dĂ©passera l’iPhone dès le premier trimestre 2010 selon certaines Ă©tudes.

L’iPhone 3GS connaĂ®t un lancement en fanfare, un million d’exemplaires s’en vendant en trois jours. Son modèle Ă©conomique basĂ© sur l’App Store est un vĂ©ritable succès, près de 100,000 applications y Ă©tant proposĂ©es Ă  l’automne 2009, et tĂ©lĂ©chargĂ©es plus de trois milliards de fois Ă  la mĂŞme Ă©poque. C’est dans ce contexte que la marque dĂ©voile, le 8 avril 2010, une première version de son futur iPhone OS 4, incluant le multitâche (limitĂ© Ă  certaines fonctions pour protĂ©ger les performances et la batterie), les dossiers d’icĂ´nes, l’aplication iBooks et d’autres nouveautĂ©s et amĂ©liorations Ă  la pelle.

Dans le mĂŞme temps, Apple travaille dans le plus grand succès Ă  son futur iPhone « 4G » comme on le surnomme alors. Le remplaçant du 3GS est dĂ©couvert, oubliĂ© (ou volĂ© ?) dans un bar, et le site web Gizmodo en diffuse des images. Commence alors un vĂ©ritable feuilleton judiciaire, Apple dĂ©clenchant une procĂ©dure pĂ©nale pour connaĂ®tre les circonstances de cette fuite, ce qui conduira Ă  une perquisition au domicile du rĂ©dacteur de Gizmodo. Une première dans l’histoire mouvementĂ©e d’Apple et des sites de rumeurs qui traquent ses nouveautĂ©s.

La prĂ©sentation, officielle cette fois-ci, de l’iPhone 4, comme il s’appelle maintenant, aura lieu le 7 juin 2010 au cours d’une Worldwide Developper Conference (WWDC) qui lui sera entièrement consacrĂ©e. En plus des nouveautĂ©s apportĂ©es par l’iOS 4, comme lui aussi s’appelle maintenant, on dĂ©couvre un Ă©cran d’une rĂ©solution exceptionnelle (960 x 640 pixels soit 326 points par pouces) auquel Apple donne le nom de « Retina Display » pour signifier qu’il dĂ©passe la capacitĂ© de perception de la rĂ©tine ; on dĂ©couvre Ă©galement un nouvel appareil photo 5 MĂ©gapixels d’une qualitĂ© impressionnante, dotĂ© d’un flash d’appoint, et capable Ă©galement de produire de la vidĂ©o en HD 720p ; une deuxième camĂ©ra en façade, dĂ©diĂ©e Ă  la vidĂ©oconfĂ©rence grâce Ă  la technologie FaceTime ; un gyroscope sur 3 axes bien plus prĂ©cis que les accĂ©lĂ©romètres des versions prĂ©cĂ©dentes ; une batterie jusqu’Ă  40% plus endurante ; et un processeur A4 hĂ©ritĂ© de l’iPad (bien qu’un peu moins vĂ©loce). Le tout dans 9,3 mm d’Ă©paisseur !

La marque ne sera pas Ă©pargnĂ©e par les soucis avec ce modèle : c’est d’abord le modèle blanc qui est repoussĂ© Ă  plusieurs reprises suite Ă  des problèmes de chaĂ®ne de montage ; puis, Ă©videmment, une pĂ©nurie de modèles noirs face Ă  la demande très soutenue (1,7 millions d’exemplaires vendus le premier week-end) ; mais aussi et surtout, une polĂ©mique enragĂ©e au sujet de problèmes de rĂ©ception. En effet, Apple a choisi d’utiliser la coque mĂ©tallique de l’appareil comme antenne. Plusieurs parties de cette coque sont donc sĂ©parĂ©es par de fines lignes de plastique afin d’Ă©viter les interfĂ©rences entre les diffĂ©rentes antennes. Cependant, le simple fait de prendre le tĂ©lĂ©phone dans la main provoquerait une mise en contact de celles-ci par la peau, qui est conductrice. Les performances de rĂ©ception en seraient donc atteintes.

Le scandale est tel qu’on parle rapidement d’Antennagate ! Venant d’Apple, une telle erreur, bien que très rarement handicapante en pratique, est une aubaine pour ses concurrents qui se gaussent de ce tĂ©lĂ©phone qu’on ne doit pas tenir Ă  la main. Apple rĂ©pond en plusieurs Ă©tapes, avec un certain manque de tact : tout d’abord en publiant un comparatif sur son site web, dĂ©montrant que tous les tĂ©lĂ©phones rencontrent des problèmes similaires, puis en expliquant que c’est simplement l’indicateur de niveau de rĂ©ception qui est faux, puis finalement en offrant gratuitement une coque de protection en plastique aux premiers clients du tĂ©lĂ©phone. Ă€ l’issue d’une class-action, Apple sera finalement condamnĂ©e en 2012 par la Cour du District Nord de Californie Ă  rembourser 15 dollars Ă  chaque acheteur d’iPhone 4, ou Ă  leur fournir gratuitement une telle coque quelle que soit la date d’achat de leur tĂ©lĂ©phone.

Pour certains observateurs, cette crise a signĂ© la sortie de l’adolescence pour la marque, perdant son statut de « start-up Â» Ă  laquelle on pardonne tout, pour prendre pied dans l’univers des multinationales dont la gestion de crise doit faire l’objet d’une attention et d’une communication toutes particulières.

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